La fête

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À 11h10, ça dansait sur la place, ça flirtait dans les coins ombragés et ça sentait la sueur joyeuse sous un soleil de plomb. On avait mis le bel habit, celui qu’on portait aux mariages, aux baptêmes et aussi aux enterrements puisqu’on en n’avait qu’un seul. On le prêtait, à l’occasion, à celui qui n’avait rien et qui habitait à côté, et qui, ma foi, était bien aimable.  C’était ça la charité, le curé le disait à la messe. Il en balançait de ces vérités le curé !

Certaines fichaient la trouille mais les gamins du village s’en fichaient bien. Les garçons du catéchisme zieutaient les filles qui ricanaient joliment dans leurs carcans amidonnés. Les plus audacieux, c’étaient ceux qui servaient la messe … ou plutôt le curé. Ça les faisait bien rigoler de remplacer le sang du Christ par une vinasse au vinaigre. Ils savaient comment ouvrir l’habitacle où nichait le graal. Le vendredi soir, à confesse, ils se gardaient bien de le dire. Le curé leur promettait toujours de leur botter les fesses, hors du lieu sacré, bien entendu.

À 11h30, ça dansait toujours sous les rayons du zénith qui commençaient à tomber à la verticale sur les casquettes, les crânes chauves et les frisures. Les bouclettes, on les avait faites chez Ginette, la coiffeuse de ces dames. Elle était contente, Ginette, d’avoir faites belles ces noiraudes, et d’avoir gagné quelques sous.

À 12h05, la musique valsait toujours sous les doigts de l’accordéoniste. Il portait sa belle tunique rouge. Il était cramoisi bien plus que ses atours. À se demander s’il n’allait pas fuir en syncope.

À 12h30, il faisait soif. Les tonneaux du vigneron arrivaient. Pas peu fier, le grand homme de marcher à côté du maire qui portait redingote. C’était un brave homme, quoique soporifique. Ça n’espérait pas de discours sur la place ; ça continuait de voltiger dans la chaleur; ça se sentait bien.

Elle ne dansait pas ; elle regardait. Elle ouvrait toujours ses volets quand c’était la fête ; elle laissait alors entrer les rires, la musique, les odeurs … pour que ça sente aussi tout ça chez elle.

Elle les vit arriver. Ils venaient de la ruelle, sans un bruit, avec des mitraillettes. Elle vit fondre l’horreur sur la joie, et ne put dire un mot.

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Auteur : hortenseremington

J'aime regarder, écouter, observer, essayer de comprendre, comprendre, aimer, essayer d'aimer, rêver, respirer, voir, sentir, ressentir ... Je suis comme tout le monde.

3 réflexions sur « La fête »

  1. Je n’aime pas cette fin triste. L’horreur je l’ai connu pendant dix ans. Nous n’avons pas baissé les bras. Nous avons continuer à danser, à chanter, à faire la fête. Nous avons continuer à être nous même. Ils ont été encouragés et financés par les vendeurs d’armes. ils se sont retournés contre eux. Le chien mord la main de celui qui lui donne à manger. Amitiés.

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