Les « Grave »

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Esther est assise dans le jardin, absorbée dans un bouquin. Firmin vient vers elle et lui tapote l’épaule.

–  L’heure est grave Esther mais…

– Quoi ? qu’est-ce qui se passe ?

– Et bien ça fait trois mois que j’ai plus de boulot mais…

– Hein ! mais tous les jours tu pars au travail avec ton attaché-case, ton smartphone, tes écouteurs, tes kleenex, tes pilules pour le foie, tes pastilles pour la toux, tes cachous Lajaunie, tes sandwichs emballés dans du film transparent, tes chips, tes lunettes de près et celles de loin et… mais c’est toi qui est grave Firmin ! T’as fait quoi de ma confiance, de notre alliance, de mon cœur, de mon vélo, de mes sandwichs amoureusement préparés au camembert, au roquefort, au gruyère, au cheddar, à la mimolette, au chèvre, au thon, au poulet, au jambon, aux rillettes, au pâté végétal…

–  Ha ceux-là j’les ai pas bouffés, trop dégueu !

–  Oh tais-toi Firmin, fais pas le malin, t’es grave, trop grave. T’es qu’un sagouin, un vaurien, un crétin, un babouin, un gredin.

Elle éclate en sanglots.

–    Bon t’as fini ? soupire Firmin.

–    Non, j’ai pas fini, gémit-elle. J’ai pas commencé, pas renoncé, pas déserté, pas digéré. Oh j’vais vomir ! Tous mes repas vont y passer : les p’tits pois, les carottes, les haricots verts, les lasagnes, les rognons et même les frites d’avant hier et toutes celles de l’année dernière. Oh Firmin, tu m’as trahie, humiliée, terrassée, croquée, avalée, dégueulée…

–  C’est bon-là, j’peux en placer une ?

–  Non, t’en placeras pas une, pas deux, pas trois, tu placeras rien du tout ! T’iras bouffer à la soupe populaire, dormir derrière les poubelles, te laver dans les caniveaux, pisser dans les coins, dans les prés, dans les champs, dans les bois. T’es grave, voilà c’que t’es. Oh Firmin, pourquoi tu m’as fait ça ?

–  Mais quoi ? dit Firmin.

–  Tu me l’as pas dit !

–  Mais t’as pas vu dans quel état ça t’ met ?

–  C’est ça monsieur Grave, traite-moi d’hystérique, de folle, de dépressive, de dingue, de méchante, d’égoïste, de vicieuse, de paranoïaque, de malade, de peau de vache, de poule aussi. Oui, c’est ça t’as raison ; j’ suis qu’une sale cocotte qui n’aime que les fringues, les godasses, les parfums, les bijoux, les sacs, le caviar, le Veuve Clicquot. Oui tiens, c’est ça que tu fais de moi : une veuve, la veuve Grave. Dégage Firmin, casse-toi, barre-toi, déguerpis, reviens plus, reviens plus tard mais reviens, oh je sais plus.

Elle pleure. Il la serre dans les bras

– C’est bon ? t’as fini-là ? Laisse-moi parler. J’ai trouvé un autre job, j’ai un entretien lundi. C’est juste une formalité. C’est dans la poche.

– Mais t’es plus que grave Firmin, t’es archi, complétement, déplorablement, atrocement, terriblement, absurdement, définitivement grave. T’aurais pu me le dire !

– Bon stop Esther ! Je vais faire un tour.

 

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Auteur : hortenseremington

J'aime regarder, écouter, observer, essayer de comprendre, comprendre, aimer, essayer d'aimer, rêver, respirer, voir, sentir, ressentir ... Je suis comme tout le monde.

3 réflexions sur « Les « Grave » »

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