Les tulipes blanches

 

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Elle va chez Fernand. Jusqu’à maintenant, elle a toujours réussi à décliner son invitation avec un prétexte bidon : le rhume, la grand-mère machin qui a fait une chute, le chien qui a la varicelle, le plombier, le vitrier et l’électricien qui doivent passer (chacun leur tour), la réunion Tupperware, celle du syndic, du curé et patati et patata… Mais là, d’un seul coup, plus rien ne lui est venu alors elle a dit : « oui oui, je viendrai » et elle s’en est mordu la langue. C’est bête mais c’est comme ça et ça fait bougrement mal !

Elle a toujours appréhendé d’aller chez Fernand. Il est très gentil, c’est juste qu’elle n’aime pas sa coiffure à la Saint Thomas d’Aquin. Chez lui tout doit être en formica, avec une moquette vert caca, des lampadaires à franges et des paysages gnangnan sur les murs. Elle se dit que ce sera un mauvais moment à passer et qu’après elle ira se confesser à cause de toutes ses mauvaises pensées et de ses mensonges. Il lui dira sûrement que c’est lui qui a peint les niaiseries et elle s’exclamera : « Comme c’est joli ! »

Elle ne se presse pas trop. Elle a chaud. Elle a acheté des tulipes rouges et deux éclairs au café. Il sera content et elle culpabilisera moins. C’est sûr, il n’aura pas de vase, elle aurait mieux fait de prendre une Saint-Paulia en pot. Il n’aura pas de petites assiettes à dessert non plus ; des chocolats auraient mieux fait l’affaire. Bon et puis ce ne sera pas de sa faute à elle, après tout.

La voilà en bas d’un escalier vétuste. Pourvu qu’il ne s’écroule pas sur son passage. Elle monte péniblement et sonne à la porte numéro 59. Une pancarte sous la sonnette indique « Attention chat méchant ! ». Le pauvre homme est débile en plus !

Elle l’a rencontré il y a quatre mois, au square. Assise sur un coin de banc, elle se remettait d’une marche un peu trop rapide. Au bout de quelques courtes minutes, elle avait entendu : « Il se pourrait bien qu’il neige aujourd’hui ». Ouais, pas terrible comme approche !  Cependant il faut être sympa avec son prochain, alors elle lui avait répondu  quelques autres banalités. S’il n’avait pas parlé, elle n’aurait même pas remarqué sa présence. Depuis lors, ils se revoyaient parfois sur ce banc pour discuter de la pluie, du vent, du froid, du soleil et du réchauffement climatique. Il s’était mis à  lui apporter un petit quelque chose et un jour de neige, il l’avait même invitée à boire un chocolat au Thermidor.

Pour l’instant son cœur bat la chamade et Fernand ouvre la porte : « Oh comme je suis heureux Amanda, je n’y croyais plus ! Entrez je vous prie. » Et elle non plus n’y croit plus, c’est pas du tout comme prévu. D’abord ça sent bon l’encaustique et le gâteau qu’on vient de sortir du four et mazette, il y a une bien jolie commode. Ça la dépasse. Bon, elle n’a pas tout vu.

Elle lui tend ses présents. Il la remercie et la fait entrer dans un vaste séjour où tout est blanc. Les murs, le plancher, les meubles, les rideaux sont d’un blanc Sainte Vierge. Des tulipes blanches, dans un vase (pardi) semblent lui souhaiter aussi la bienvenue. Ouah, ouah, ouah, on dirait le paradis et c’est peut-être Saint Thomas d’Aquin en personne qui lui a ouvert la porte ! Elle se pince très fort. Tout semble à sa place chez elle.

Il l’invite à s’enfoncer dans un fauteuil d’où elle ne pourra peut-être pas s’extirper. Tant pis. Elle balade son regard partout et tombe sur un tableau signé Picasso. Ses yeux et son cœur n’en reviennent pas ! Elle demande : « C’est vous qui l’avait peint ? » Ça c’est la phrase qu’elle avait préparée en chemin et qui ne colle pas à la réalité. Le temps qu’elle s’en rende compte, il est trop tard. Il est assis en face d’elle, dans le canapé immaculé et lui répond avec bienveillance :

– Oh Amanda, quel humour !

– Mon cher Fernand, tant de beautés m’honorent et m’affaiblissent, puis-je me reposer un instant ? Mon cœur me fait des soucis.

Très inquiet, Fernand l’accompagne dans une chambre où tout respire un luxe discret qui finit de l’achever. Elle s’installe sur un lit diablement confortable et ferme les yeux. Quand elle les rouvre, rien n’a changé sauf que Fernand n’est plus seul à bord de l’imposante demeure. Il a appelé un médecin. Elle a tant de vilénies sur la conscience, c’est un prêtre qu’elle aurait mieux aimé voir !

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Auteur : hortenseremington

J'aime regarder, écouter, observer, essayer de comprendre, comprendre, aimer, essayer d'aimer, rêver, respirer, voir, sentir, ressentir ... Je suis comme tout le monde.

9 réflexions sur « Les tulipes blanches »

  1. Bonsoir ou bonjour

    Depuis que l on se connaît

    Notre Amitié est devenu un gros cadeau

    Comme pour Noël

    L’amitié des jours est un quotidien

    Une pluie de gouttelettes scintillantes

    Un immense et magnifique jardin

    Une envie de tout entreprendre

    L’amitié est là pour résumer, la base de la vie

    Une toute petite corde qui nous lie qui peut-être incassable

    Passe une douce journée avec ce petit porte bonheur à l’approche des fêtes

    Bisous , Bernard

    Aimé par 1 personne

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