Samantha

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Louise : Louise a une « Barbie » bien foutue, blonde et longue. Elle a aussi deux sœurs jumelles toujours mal fichues, petites et capricieuses. Elle a appelé sa poupée Samantha. Ses parents ont baptisé les grincheuses, Éve et Line. Ce sont deux harpies qui se crêpent le chignon sans cesse. Louise planque toujours sa pin-up, elle se méfie des deux casse-pieds qui la lorgnent un peu trop. Mais aujourd’hui elle ne sait plus où elle l’a camouflée. Elle retourne tout dans la chambre : le placard, les tiroirs et presque le matelas. Pas de déesse à l’horizon ! Elle poursuit ses recherches dans toute la maison. C’est dans la boîte à ouvrage de sa mère qu’elle trouve une gisante amputée aux cheveux emmêlés qui ressemble de très loin à sa gracieuse Samantha. Vision d’horreur à jamais gravée !

Éve : Éve a deux sœurs. La plus grande, Louise, est gnangnante. Lise, sa jumelle est chiante. Éve n’a pas de « Barbie ». Sa mère a dit qu’elle est trop petite pour posséder un truc pareil. Pour une fois elle s’est bien entendue avec Line. Elles ont décidé d’enlever l’objet convoité à leur débile de sœur Louise !

Line :  Line a une sœur ainée, Louise qui a une « Barbie », ce n’est pas mérité ! Elle a aussi une jumelle, Éve, qu’elle aimerait faire disparaître. Mais aujourd’hui, c’est un jour à marquer d’une croix verte. Toutes les deux ont la même idée : suivre la bécasse Louise pour découvrir où elle a essayé de cacher la poupée de leurs rêves !

Éve et Line : Éve et Line tiennent leur trophée en mains plurielles. Elles tirent chacune sur un bras et rendent la mannequin à jamais atrophiée. Elles la trouvent désormais très moche. La belle les fait même complètement flipper ! Elles parlementent un bon moment pour savoir comment se débarrasser du cadavre et de ses membres. Elles essaient de ne pas crier trop fort pour ne pas alerter la famille. D’un commun accord, rare, elles votent pour la malle à couture. Leur mère ne l’ouvre plus depuis longtemps !

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Attendre et revenir

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-Attendez… Revenez demain !

-Soyez plus précis, je dois attendre ou revenir ou attendre pour revenir demain ou encore attendre je ne sais pas quoi pour que vous finissiez par me dire de revenir ?

-Revenez demain, c’est clair non ?

-Oui, on ne peut plus clair !

Il en a ras le bol de revenir. Et s’il restait assis là parmi ceux qui attendent ? Non, il doit rentrer sinon Félicia va s’inquiéter. Il a pensé à elle car dans la salle il y en a une qui lui ressemble. Entre deux âges et deux sièges occupés, elle tricote.  La pelote de laine est tombée, elle a roulé sous la chaise. Elle ne la ramasse pas, elle pleure. Elle pleure en tricotant ou elle tricote en pleurant ? Il hésite. Ce qui est sûr, c’est qu’elle attend en pleurant. Pourtant est-ce que c’est vraiment ça ? Peut-être qu’il se trompe, sait-on ce que les gens ont dans leur tête quand ils en ont encore une ! Oui, à quoi elle peut bien songer cette pauvre femme ? Et Félicia qui l’attend ! Tout le monde attend dans cette histoire, n’est-ce pas lassant ?

Il en a ras le bol de revenir et pourtant il n’a rien à bouffer dans son assiette. Et Félicia non plus et la tricoteuse pleureuse certainement pas plus. Elle a peut-être une seule boule de laine qu’elle traficote chaque jour comme Pénélope qui défait son ouvrage pour attendre Ulysse.

Il en a ras le bol d’attendre, c’est long comme un jour sans pain ! Ça c’est de l’humour, il lui en reste encore un peu. C’est pas avec une seule boule qu’elle va pouvoir se faire une écharpe et l’hiver va arriver. Le petit gars qui attend dehors lui a dit hier : « Ça va bientôt nous tomber dessus ». La femme entre deux âges se lève et avance au guichet. Elle a abandonné son tricot mais pas ses larmes. Elle a laissé la laine. On peut dire qu’elle a perdu la boule. Pourvu que Félicia ne la perde pas ! Il se demande ce qu’il fait encore là.

Il en a ras le bol de revenir. C’est peut-être pour ça qu’il reste encore un peu, pour avoir l’impression de ne pas revenir de sitôt. Et s’il s’allongeait au sol pour faire la grève de la faim ? C’est nul cette idée, il est déjà à la diète et tout le monde s’en fout ! La pleureuse revient vers la chaise. Elle s’assied sur son tricot, elle sort un mouchoir rabougri de sa poche pour absorber le ruissellement continu qui inonde ses joues. Elle ne pourra pas se moucher, c’est terrible ! Il a envie d’aller vers elle mais pour lui dire quoi ? Et puis le malheur, il en a plein les bottes. Ha s’il en avait de sept lieues, il filerait voir Félicia en un clin d’œil et lui dirait de ne pas s’en faire : il doit repartir aussitôt, il ne doit pas s’absenter trop longtemps, il doit surveiller cette femme. C’est comme s’il se sentait responsable d’elle à force de l’avoir tant regardée. Qu’est-ce qu’il y a d’autre à faire ici, hein, à part attendre, regarder, revenir et pleurer I

Il en a ras le bol de revenir, c’est ce à quoi il pense. La pleureuse qui déverse des torrents de larmes s’est encore levée. Elle passe devant lui sans le voir, ses yeux sont déjà occupés. Elle va aussi passer devant le petit gars qui lui dira qu’il va neiger bientôt. Elle n’a rien pris, juste son mouchoir mais pas son travail. Il n’ose pas toucher à ça, c’est trop sacré ! C’est le dur labeur d’une pauvre femme qui tricote sans tricoter et qui a fini par en perdre la boule !

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