Pomme d’amour

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Ça sent bon la vanille et la barbe à papa. Elle est assise parmi tout ça la petite pomme d’amour. Tous les sucres et les sels de son enfance lui remontent à la tête en vagues douces. Elle se souvient des joies et des peines, des cadeaux et des privations, du soleil et des jours mornes et c’est très bien.

Elle sait qu’elle va partir bientôt au verger tout là-haut alors elle vient profiter des parfums de la foire comme d’autres vont au jardin pour cueillir des odeurs. La petite pomme d’amour d’antan, parce qu’elle avait les joues rondes et rouges, voudrait dire au monde qu’il faut respirer la vie à chaque instant et ouvrir son cœur au présent.

Dans son palais des mille et une saveurs, elle croque avidement chaque moment…

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Il pourrait bien pleuvoir

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– Dépêche–toi de rentrer Paul !

– Pourquoi ?

– Il pourrait bien pleuvoir.

– Qu’est-ce que tu en sais ?

– Regarde tous ces nuages noirs qui arrivent et puis ils l’ont dit à la météo.

– Ça m’est bien égal, tu ne pourrais pas me laisser tranquille !

– Si je dis ça, c’est pour ton bien.

Qu’est ce qu’elle me raconte encore ? Elle est toujours derrière mes basques avec des «Fais pas ci, fais pas ça» ou «Fais comme ci, fais comme ça» et jamais de «Fais comme tu veux». Et si j’ai envie de rester sous la pluie pour attraper un rhume ou une pneumonie, ça me regarde, non ?

La vérité c’est qu’elle a peur que je salisse son pavé avec mes pas mouillés et mon ciré qui va s’égoutter partout. La vérité c’est qu’elle n’en a rien à fiche de moi. C’est pipeau ses histoires de vouloir ma bonne santé. Ça dure depuis quarante ans et je n’en peux plus. Quand on s’est mariés, elle était timide. On a dû me l’échanger contre cette mégère qui me harcèle. Où est passée ma tendre et douce Ursula ? Envolée, disparue, évaporée ? Dans ma tête tout mijote : les bonnes idées et les méchantes. En gros, j’ai envie de me débarrasser d’elle et d’élaborer un plan pour qu’on ne me croit pas coupable.

Il ne faut pas laisser de traces, c’est le plus difficile. Des mobiles, je n’en ai aucun, je lui obéis comme un toutou. En plus c’est moi qui ai amassé le magot qui roupille à la banque, c’est moi qui ai souscrit une assurance sur ma vie, pas elle ! l’alibi c’est que je vais passer la journée chez mon frère Louis pour aller chercher du bois. Comme il a un peu perdu la boule, il suffit de lui mettre les points sur les i et de lui enlever les barres des t. Il sera l’heure que je lui dirai qu’il sera quand j’arriverai chez lui et quand je repartirai. Il n’y verra que du feu. En route, je prendrai de l’essence, je mangerai peut-être un bon pot au feu à cinquante kilomètres d’ici. Je garderai les factures. J’irai peut-être aussi chez le docteur Armand pour me plaindre de ma toux et lui vanter les mérites de ma brave Ursula qui prend si bien soin de moi. Pendant ce temps elle se fera trucider par un malfaiteur de passage. Il me reste à régler tous ces détails. Et alors à moi la belle vie, les plats surgelés, les pieds sur la table, la cigarette quand je veux et je danserai sous la pluie, ah oui !

Et les traces me direz-vous ? Des gants bien sûr et j’attends le jour béni où elle affirmera qu’il pourrait bien neiger. En attendant, elle n’a peut-être pas tort, je vais rentrer et on va prendre le thé… Assez rêvé !

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