Le mouchoir

 

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Il est assis sur son mouchoir, au milieu du parc, depuis deux heures. Il a décidé que c’était enfin le jour de regarder le monde et ses canards. C’est un grand lieu tout vert, avec des pâquerettes, du gazon, des bancs, des gens et des pancartes. Là où il est installé c’est écrit qu’il est interdit de marcher. Ça tombe bien puisqu’il est assis. Il ne veut pas avoir les fesses de son pantalon blanc toutes vertes alors il a pris ce petit bout de tissu à carreaux que Solange a glissé dans sa poche. Il l’a posé bien à plat dans l’herbe. Solange c’est sa femme.

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C’est beau, ah ce que c’est beau ici ! Ah comme ça fait plaisir de s’asseoir sur le mouchoir de Solange ! C’est pas un ange mais elle a de bonnes intentions. Il faudrait quand-même que je divorce. Changer les habitudes, c’est bien. C’est comme aller au parc quand on n’y est jamais allé. Tiens, en rentrant, je lui ferai ma proposition. Je m’agenouillerai à ses pieds, je la regarderai sans amour et lui tendrai son mouchoir verdi en lui faisant ma déclaration : Solange, oh Solange, veux-tu me « dépouser » ? C’est marrant ça ! Mais où sont les canards ? Bon il me reste les pâquerettes à « ésépaler » : je t’aime, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout… Et bin oui Solange, je t’aime plus du tout ! C’est fini entre nous, tralala ! Je commence à me sentir léger, léger. Faudrait que je m’envole pour chercher où sont les canards dans ce parc. Je ferme les yeux… et bin non pas d’envol. On m’a volé, on m’a pris mon p’tit plaisir. C’est Solange ! elle a dû me lancer un sort. Il est quelle heure ? Oh flûte, je devais passer prendre le pain !

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– Et bien c’est à cette heure-ci que tu rentres Albert ?

– Oui ma Solange, il y avait des embouteillages et…

– T’es allé où ?

– Au marché d’Aligre !

– Et t’as pas trouvé de baguette ?

– Y en avait plus mais regarde, j’ai pas perdu le mouchoir.

– Faut te faire soigner Albert, ça va plus du tout, ça fait trois heures que t’es parti !

– Oh ma chérie, pardonne-moi, je ne le ferai plus.

– Tu ne feras plus quoi ? Tu me fais peur là !

– Je ferai le ménage, la cuisine, la vaisselle. Je viderai les poubelles.

– Tu ne feras plus quoi Albert ?

– Oh Solange, ma douce, mon cœur, ne me quitte pas !

– Ouais, va mettre la table, on en reparlera plus tard, le poulet va cramer.

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Samantha

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Louise : Louise a une « Barbie » bien foutue, blonde et longue. Elle a aussi deux sœurs jumelles toujours mal fichues, petites et capricieuses. Elle a appelé sa poupée Samantha. Ses parents ont baptisé les grincheuses, Éve et Line. Ce sont deux harpies qui se crêpent le chignon sans cesse. Louise planque toujours sa pin-up, elle se méfie des deux casse-pieds qui la lorgnent un peu trop. Mais aujourd’hui elle ne sait plus où elle l’a camouflée. Elle retourne tout dans la chambre : le placard, les tiroirs et presque le matelas. Pas de déesse à l’horizon ! Elle poursuit ses recherches dans toute la maison. C’est dans la boîte à ouvrage de sa mère qu’elle trouve une gisante amputée aux cheveux emmêlés qui ressemble de très loin à sa gracieuse Samantha. Vision d’horreur à jamais gravée !

Éve : Éve a deux sœurs. La plus grande, Louise, est gnangnante. Lise, sa jumelle est chiante. Éve n’a pas de « Barbie ». Sa mère a dit qu’elle est trop petite pour posséder un truc pareil. Pour une fois elle s’est bien entendue avec Line. Elles ont décidé d’enlever l’objet convoité à leur débile de sœur Louise !

Line :  Line a une sœur ainée, Louise qui a une « Barbie », ce n’est pas mérité ! Elle a aussi une jumelle, Éve, qu’elle aimerait faire disparaître. Mais aujourd’hui, c’est un jour à marquer d’une croix verte. Toutes les deux ont la même idée : suivre la bécasse Louise pour découvrir où elle a essayé de cacher la poupée de leurs rêves !

Éve et Line : Éve et Line tiennent leur trophée en mains plurielles. Elles tirent chacune sur un bras et rendent la mannequin à jamais atrophiée. Elles la trouvent désormais très moche. La belle les fait même complètement flipper ! Elles parlementent un bon moment pour savoir comment se débarrasser du cadavre et de ses membres. Elles essaient de ne pas crier trop fort pour ne pas alerter la famille. D’un commun accord, rare, elles votent pour la malle à couture. Leur mère ne l’ouvre plus depuis longtemps !

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