Le fleuve

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Le plus simple avec l’amour, c’est de ne pas trop comprendre ce que c’est. C’est pourquoi, en rentrant ce soir, elle dépose sa tête sur le meuble de l’entrée à côté de ses clés. Elle enfile son pyjama de soie. Elle s’allonge sur le canapé bleu, elle en caresse le tissu sans gourmandise et sans façons. Elle ne sent pas la douceur de l’air. Sans fermer les yeux qu’elle a abandonnés à son visage, elle s’endort sans heurts, sans prise de tête et sans rêve.

Demain, elle constatera que nul pli n’aura altéré ses traits. Elle passera sûrement les doigts dans ses cheveux pour les regonfler un peu et puis elle ira se promener avec son histoire.

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C’est ainsi qu’on la retrouve de bon matin, marchant le long du fleuve à qui elle confie ses pensées :

« Toi tu es bien tranquille, tu te la coules douce. De temps en temps tu t’assèches comme je sèche mes larmes. Tiens je n’ai pas pris mon mouchoir, où avais-je la tête ?

Toi fleuve, tu ne tombes pas amoureux, tu en as de la chance. En même temps tu ne connais pas l’ivresse, c’est dommage.

Je peux te poser une question, fleuve ? Ai-je bien fait de le quitter ? Tu ne me réponds pas, tu as bien raison. La raison n’est pas l’amour parce qu’avec raison tu peux dire non à tous les boniments. Par contre quand tu aimes, tu ronronnes bêtement aux moindres mots tendres.

Peut-être que je me trompe, peut-être que tu pleures. Je dis ça à cause de toute cette eau qui court à la mer, à l’amer aussi, va savoir ! Tu le fais discrètement. On ne se rend compte de rien.

On te trouve beau, on se baigne dans ton sillage, on y pêche des gardons et ce n’est pas péché. On te salit aussi. Comment peux-tu supporter tous ces déchets qu’on te jette à la face comme des injures ? On dit t’aimer et on ne prend pas soin de toi. On peut même se montrer très distant et s’en foutre de ce que tu traverses.

Dis-moi, est-ce que je l’aime, est-ce que je ne l’aime plus ? On pèse tout sur les plateaux, les bons et les mauvais moments. C’est cliché ou bateau.

Tiens, il y a une barque abandonnée, est-ce que ça la rend triste ? Est-ce que la personne qui a fait ça culpabilise ?

Mon pauvre fleuve, ne puis-je me promener tranquillement sans t’envahir de tous mes mots et de tous mes maux !

J’ai hâte de me débarrasser de cette tête trop lourde, vite rentrons. »

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Le parfum

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Il émanait de ses paroles un doux parfum … ceci n’est pas un conte, c’est une histoire vraie et je vais vous la faire respirer.

À chacune de nos rencontres, il me demandait de nommer une fleur et de fermer les yeux, et alors il me racontait des belles choses. Les mots parfumaient l’atmosphère et enchantaient mes sens. Je sentais tout : la délicatesse des verbes, la caresse des adjectifs et la justesse des noms. Je voyais clairement dans la nuit de mon regard. Les phrases délivraient une odeur subtile et prenaient corps. Il leur poussait des ailes ; il leur venait une âme. Je dévorais, à pleins poumons, la quintessence de chaque arôme.

C’est simple de fabriquer des parfums quand on détient le pouvoir de transformer la vie avec des mots.

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